Les espèces

Dans le cadre du programme 109 sur l’île d’Amsterdam, quatre espèces d’oiseaux et une espèce de mammifère marin sont très finement suivies chaque année pour les études de démographie à long terme. Il s’agit de :
  • L’Albatros d’Amsterdam ;
  • L’Albatros à bec jaune ;
  • L’Albatros fuligineux à dos sombre ;
  • Le Gorfou sauteur subtropical ;
  • L’Otarie à fourrure subantarctique.

 

Plusieurs autres espèces sont présentes sur les îles de Saint-Paul et Amsterdam et peuvent faire l’objet d’étude ponctuelle spécifique tel que le Skua subantarctique cette année.

Albatros d’Amsterdam

(Diomedea amsterdamensis, Roux et al., 1983)

Albatros d'Amsterdam © Romain BAZIRE, phototèque IPEV

Statut UICN : en danger critique

Pour en savoir plus, consultez la page de Birdlife International :

Endémique de l’île, l’Albatros d’Amsterdam est un des plus grands représentant des membres de sa famille ; son poids est compris entre 6 et 8 kg et son envergure peut atteindre 3,40 m. Découvert en premier lieu en 1522 mais très peu décrit par le marin et explorateur Juan Sebastian Del Cano, plusieurs couples de cette espèce ont de nouveau été observés plus de 400 après lors d’une mission en 1951. Les années suivantes aucune observation n’a été faite. Ce n’est qu’en 1981 que 7 couples ont pu être observés et décrits.

Jusqu’alors considéré comme un morphe différent de l’Albatros hurleur, il devient une espèce à part entière en 1983, grâce aux travaux menés par une équipe de chercheurs français. Résultat qui sera par la suite confirmé via des analyses génétiques réalisées en 1998. Endémique de l’île d’Amsterdam, on ne retrouve cette espèce nulle part ailleurs sur la planète.

A l’âge adulte, son plumage est globalement brun avec la tête, le cou et le ventre blanc. Le bec est rose chair avec une ligne brun foncé sur la mandibule supérieure le long de la commissure. Une tâche plus foncée diffère du reste du bec à l’extrémité des mandibules. Les plumes à l’arrière du tibia sont noires et forment deux taches distinctes en vol. Le mâle est globalement plus blanc et plus gros que la femelle.

Il niche entre 500 et 600 m d’altitude sur le Plateau des Tourbières ; les nids sont isolés les uns des autres mais se regroupent sur une superficie d’environ 400 ha. L’Albatros d’Amsterdam à un cycle de reproduction biennale, c’est-à-dire qu’il ne se reproduit qu’une fois tous les deux ans (si la reproduction échoue assez tôt dans la saison, le couple peut retenter l’année suivante). Dès le premier succès de reproduction, les Albatros d’Amsterdam forment des couples très fidèles. Ils arrivent sur les sites de nidification vers la fin du mois de janvier. Fin février la femelle pond un seul œuf dans un nid composé de débris végétaux. Les deux parents prennent part à la couvaison (env. 80 jours) et au nourrissage du poussin en se relayant régulièrement. Le jeune prendra son envol début janvier à l’âge de 7 mois et demi et ne pourra se reproduire à son tour qu’à partir de l’âge de 10 à 12 ans. La longévité est estimée à 70-80 ans chez cette espèce.

Une étude relate la présence probable de 320 individus sur l’île d’Amsterdam avant 1960. Il est probable que la colonie fut perturbée par les bateaux de pêche s’approchant de l’île entre les années 1960-80. La population actuelle est estimée entre 200 et 300 individus. Seule une cinquantaine de couples tentent de se reproduire chaque année.

Albatros à bec jaune

(Thalassarche chlororhynchos, Gmelin, 1789)

Albatros à bec jaune © JJ HARRISON

Statut UICN : en danger

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L’Albatros à bec jaune est un des plus petits représentant des membres de sa famille ; son poids moyen est d’environ 2,100 kg et son envergure est comprise entre 1,80 et 2,10 m. A l’âge adulte, son plumage est blanc et noir et son long bec noir est surmonté d’une ligne jaune, qui le différencie des autres espèces.

 

Il peut parfois nicher en solitaire, mais les sites de nidification réunissent le plus souvent des colonies composées de plusieurs centaines de couples. Les Albatros à bec jaune se reproduisent tous les ans. Ils forment des couples fidèles et arrivent sur les sites de nidification (les falaises d’Entrecasteaux) vers la fin du mois d’août. Fin septembre, la femelle pond un seul œuf dans un nid construit sur un socle de boue séchée et garni d’herbe, principalement dans des zones accidentées. Les deux parents prennent part à la couvaison (env. 70 jours) et au nourrissage du poussin en se relayant régulièrement. Le jeune prendra son envol courant avril à l’âge de 5 mois et ne pourra se reproduire à son tour qu’à partir de l’âge de 8 à 10 ans. Le record actuel de longévité est de 37 ans chez cette espèce.

L’Albatros à bec jaune souffre, comme d’autres espèces d’albatros, d’un fort déclin de population dû notamment aux techniques de pêche actuelles. Il est une des victimes habituelles des palangres, longues lignes armées d’hameçons et garnies d’appâts qui attirent les albatros et entrainent des captures accidentelles (bycatch). Ces derniers sont pris sur les hameçons alors qu’ils essaient d’attraper les appâts lorsque les lignes sont mises à l’eau. La ligne entraîne alors l’oiseau vers le fond et le noie. Des méthodes pour réduire la mortalité liée aux palangriers ont été appliquées, tels que la mise à l’eau des lignes au cours de la nuit et le lestage de ces dernières. D’autres menaces pèsent également sur cette espèce. Les populations d’albatros sont actuellement affectées par le choléra aviaire qui provoque des mortalités très importantes chez les poussins au cours des premières semaines suivants l’éclosion.

L’île d’Amsterdam abritait plus de 37 000 couples d’Albatros à bec jaune en 1983, on en dénombre moins de 20 000 à l’heure actuelle.

Albatros fuligineux à dos sombre

(Phoebetria fusca, Hilsenberg, 1822)

Albatros fuligineux à dos sombre © Romain BAZIRE, phototèque IPEV

Statut UICN : en danger

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L’Albatros fuligineux à dos sombre est assez petit ; son poids moyen est d’environ 2,600 kg et son envergure avoisine les 2m. Ses ailes étroites associées à un poids restreint lui confèrent des capacités de vol exceptionnelles. Son plumage est plus foncé que celui de l’Albatros fuligineux à dos clair et ne présente pas de zone pâle sur le dos. Son bec sombre présente une bordure jaune crème sur la mandibule inférieure.

Les mâles sont généralement plus lourds que les femelles et leur chant est plus long.

L’Albatros fuligineux à dos sombre se reproduit en petites colonies sur le haut des falaises. On le retrouve dans la majeure partie des îles de la convergence antarctique mais il se nourrit surtout dans la zone subtropicale. Sur Amsterdam, les sites de nidification sont localisés à Entrecasteaux et sur le Mont Fernand. La population totale de l’île est estimée à un peu moins de 400 couples reproducteurs. Comme l’Albatros d’Amsterdam, l’Albatros fuligineux à un cycle de reproduction biennale (si la reproduction échoue assez tôt dans la saison, le couple peut retenter l’année suivante).

Lors de la saison de reproduction, les partenaires effectuent des parades majestueuses en vol. Ces parades se déroulent également à terre et sont parmi les plus complexes chez les oiseaux. Elles sont constituées de 15 attitudes stéréotypées qui se succèdent à un rythme pouvant atteindre une attitude toutes les 5 secondes. Une seule séquence d’attitudes peut durer jusqu’à 20 minutes. Chaque oiseau tenant ainsi compte de ce qu’exprime le partenaire. L’intensité des parades diminue et se simplifie au fur et à mesure de la synchronisation du couple. Ces parades peuvent durer jusqu’à 3 ans avant d’aboutir à la formation d’un couple.

Extrêmement fidèle une fois formé, le couple se retrouve en septembre pour construire un nid composé de boue et d’herbe dans lequel la femelle pondra un seul et unique fin septembre – début octobre. Les deux parents prennent part à la couvaison (env. 70 jours) et au nourrissage du poussin en se relayant régulièrement. Le jeune prendra son envol à partir de mi-avril à l’âge de 5 mois et ne pourra se reproduire à son tour qu’à partir de l’âge de 12 ans en moyenne. Le record actuel de longévité est de 29 ans chez cette espèce.

Menacé par les mammifères introduits, les rats et les souris peuvent exercer une prédation sur les œufs ou les jeunes poussins. Tout comme l’Albatros à bec jaune, l’espèce est également vulnérable au choléra aviaire.

Gorfou sauteur subtropical

(Eudyptes moseleyi, Forster, 1781)

Gorfou sauteur © Romain BAZIRE, phototèque IPEV

Statut UICN : en danger

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Le Gorfou sauteur subtropical est un petit manchot des plus remarquables de par son écologie et ses capacités de nage. Il existe deux autres espèces de gorfous sauteurs repartis dans d’autres secteurs de l’océan austral. L’espèce que l’on retrouve à Amsterdam est également présente sur les îles Saint-Paul, Tristan da Cunha et Gough. Parmi les 3 espèces, il s’agit de celle avec l’aire de répartition la plus septentrionale.

Les deux autres espèces ; Eudyptes chrysocome chrysocome se trouve près du Cap Horn et des Malouines et Eudyptes chrysocome filholi se retrouve à Crozet et Kerguelen.

Il mesure environ 60 cm et son poids varie de 2,300 à 4,200 kg. Son corps très compact et profilé, est bien protégé du froid par une épaisse couche de graisse sous la peau. Ses ailerons rigides et peu épais sont, comme le reste du corps, recouverts de plumes serrées imperméables. Son bec est rouge-orange avec un culmen légèrement plus clair. Le bec est un peu plus fort chez le mâle. Chez les adultes, le plumage est noir sur le dos et blanc sur le ventre. Les adultes possèdent aussi des sourcils jaunes vifs, qui se finissent en longs panaches de plumes projetés de chaque côté de la tête. Ses pattes sont courtes et sont situées très en arrière du corps pour assurer une meilleure propulsion dans l’eau. Ses pieds palmés possèdent quatre orteils pourvus de longues griffes pointues qui lui servent à s’agripper aux rochers lors de ses retours à terre. Les mâles sont généralement plus grands que les femelles.

Le Gorfou sauteur est très bien adapté à la vie marine. Ses ailes sont devenues de puissants ailerons permettant la propulsion sous-marine, alors que ses pattes et sa queue lui servent de gouvernail. Excellent nageur, il peut plonger à plus de 100 m de profondeur et dépasser les 40 km/h lui permettant le plus souvent d’échapper à ses prédateurs. Pour gagner la terre, le gorfou prend de la vitesse sous l’eau, puis jaillit des vagues avant d’atterrir sur ses pattes. Il ne regagne la terre ferme que pour deux occasions, la reproduction (d’août à janvier) puis généralement en mars/avril pour muer. En quelques, tout leur plumage dense et imperméable est renouvelé.

Chaque année, lors de leur retour pour la reproduction sur l’île d’Amsterdam et plus précisément à Entrecasteaux, ce sont les mâles qui arrivent en premier, dès fin juillet, pour acquérir un territoire et débuter la construction d’un nid. Les femelles arrivent une semaine après environ. Une fois uni, le couple peut rester fidèle durant des années et revenir au même site à chaque saison. Le nid est généralement situé sous une végétation dense et se compose d’une simple dépression garnie de pierre, de brindilles et de plumes. Il est fortement protégé par les parents ne laissant personne s’en approcher. Début septembre, la femelle y pond deux œufs dont un non viable qui est généralement plus petit. Le plus petit des œufs survit rarement et il est même parfois écarté du nid avant son éclosion. Les deux parents prennent part à la couvaison (env. 34 jours) et au nourrissage du poussin en se relayant régulièrement. Les adultes apportent des soins à leur jeune durant une trentaine de jours puis les jeunes gorfous se rassemblent en grands groupes appelés crèches. Ce comportement permet alors de protéger les poussins lorsque les adultes sont partis en mer à la recherche de nourriture. Dès fin décembre, les premiers jeunes (âgés d’environ 60 jours) quittent la colonie et partent en mer pour se nourrir par leurs propres moyens. Ils ne pourront se reproduire à leurs qu’à partir de l’âge de 6 ans. Le record actuel de longévité est de 30 ans chez cette espèce.

L’île d’Amsterdam abritait environ 25 000 couples de Gorfou sauteur dans les années en 1990, on en dénombre moins de 15 000 à l’heure actuelle.

Otarie à fourrure subantarctique

(Arctocephalus tropicalis, Gray, 1872)

Otarie à fourrure © Gildas LEMONNIER, phototèque IPEV

Statut UICN : préoccupation mineure

Pour en savoir plus, consultez la page de l’IUCN Red List :

L’Otarie à fourrure est le seul mammifère marin se reproduisant sur l’île d’Amsterdam. L’espèce a beaucoup souffert de la chasse au cours du XVIIIe et XIXe siècle. Elle était devenue extrêmement rare, à tel point qu’en 1893, on crut la population de l’île éteinte. Aujourd’hui, l’espèce s’est bien rétablie et a recolonisé la quasi-totalité du rivage d’Amsterdam.

L’Otarie à fourrure subantarctique appartient au clade des « pinnipèdes » au même titre que l’Éléphant de mer ou le Léopard des mers. Les mâles peuvent mesurer jusqu’à 1,80 m et peser jusqu’à 165 kg. Ils sont brun orangé à brun foncé sur le dos et brun clair sur le ventre. Ils possèdent une crête de poils dressés verticalement au niveau du front. Les femelles, plus petites, mesurent jusqu’à 1,45 m et pèsent jusqu’à 55 kg maximum. Elles sont gris marron sur le dos et brun clair sur la face ventrale. Chez les deux sexes, le museau est court et les vibrisses sont très longues. Les jeunes appelés « pups » sont quant à eux de couleur noir profond jusqu’à la première mue où ils acquièrent la coloration adulte.

Lors de la saison de reproduction, les mâles, arrivent plus tôt sur les plages rocheuses et se constituent des harems allant de 5 à 15 femelles. La période d’accouplement s’étale sur 2 mois. Les mâles ne s’alimentent pas durant toute cette phase car ils exercent un contrôle continu sur leur territoire. Ils interdisent ainsi tout passage éventuel d’un autre mâle concurrent. L’accouplement, la mise bas et l’allaitement ont lieu au niveau des colonies de reproduction et sont les mêmes d’une année sur l’autre. Aussi, il semblerait qu’il y ait des accouplements en mer.

Les femelles arrivent sur les colonies seulement un ou deux jours avant la mise bas. Le pic des naissances se situe à la mi-décembre. L’ovulation a lieu directement après la mise-bas et produit un unique ovule. Les accouplements ont généralement lieu avant le premier départ en mer de la femelle. Rapidement, le développement de l’embryon qui résulte de la fécondation est stoppé (diapause embryonnaire). L’implantation embryonnaire a lieu 3 mois plus tard, vers mars-avril. La gestation dure environ 8 mois. Les pups pèsent en moyenne 4 kg et mesure 50 cm à la naissance. L’allaitement s’étale sur 10 à 11 mois. Pendant cette période, les femelles vont alterner les phases d’allaitement sur les colonies avec des voyages en mer pour reconstituer leurs réserves énergétiques. En moyenne 1 à 3 jours à terre pour 5 à 12 jours en mer. Elles trouvent généralement leur nourriture à proximité de l’île mais elles exploitent également des zones de pêche plus éloignées, situées dans un rayon de 600 à 1800 km autour de l’île.

Les otaries sont opportunistes, elles se nourrissent de calmars, poissons et de krill. Il arrive que des cas de prédation sur des gorfous soient rapportés. Lors de courtes plongées exceptionnelles, elles peuvent descendre à 200 m de profondeur. Généralement, elles exploitent les eaux de surface jusqu’à 50 m de profondeur. Les plongées durent un peu moins de 7 minutes. Elles sont souvent grégaires en mer et forment des grands radeaux près des colonies.

Les durées de vie sont très différentes selon le sexe. Les mâles ont une espérance de vie moyenne de l’ordre de 12 ans alors que les femelles vivent environ 20 ans. La maturité sexuelle est atteinte entre 4 et 6 ans pour les femelles et entre 6 et 8 ans pour les mâles. 

D’anciens documents du XVIe et XVIIe siècle relatent des quantités incroyables d’otaries (population estimée à plus de 100 000 individus), à tel point de gêner toute tentative de débarquement. L’exploitation des otaries se développa à outrance au cours du XVIIIe et XIXe siècle et le nombre de prises pour Saint-Paul et Amsterdam a largement dépassé les 150 000 individus. A titre d’exemple, début juin 1789, l’équipage du Mercury tua 1 200 otaries en seulement neuf jours sur l’île Saint-Paul. Les pressions de chasse étaient équivalentes voire supérieures sur Amsterdam. Dans les années 1950, seulement trois colonies de reproduction avaient subsisté regroupant au total 1 500 individus. Aujourd’hui, plusieurs dizaines de colonies sont de nouveau installées sur tout le pourtour de l’île et la population dépasse les 40 000 individus. Les principaux sites d’étude pour cette espèce se situent à Mare aux Éléphants (MAE) juste à côté de la base Martin de Viviès, sur la plage d’Entrecasteaux et à la baie du Loup.

Les autres espèces